13 septembre 1987 : Le poison négationniste

L’affaire du “détail” : indignation générale

Jean-Marie Le Pen le 13 septembre 1987

Invité du Grand Jury RTL / Le Monde le 13 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen est interrogé par Olivier Mazerolles et Paul-Jacques Truffaut. Alors que l’affaire de la thèse négationniste d’Henri Roques a éclaté en 1986 et défraie la chronique, quelques semaines seulement après la condamnation de Klaus Barbie en France, le président du Front National déclare :
« Je ne connais pas les thèses de MM. Faurisson et Roques. Mais quelles que soient ces thèses. Je suis un partisan de la liberté de l’esprit. Je pense que la vérité, d’une force extraordinaire, qui ne craint pas les mensonges ou les insinuations. Par conséquent, je suis hostile à toutes les formes d’interdiction et de réglementation de la pensée (…). Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale ».

Le Droit de Vivre – Septembre – Octobre 1987 – Numéro 525

Les négationnistes ont trouvé avec le leader du Front National un porte-parole particulièrement médiatique qui adresse, par cette déclaration, un signal particulièrement explicite à l’électorat antisémite. Le tollé est général. Le 17 septembre, la LICRA organise une manifestation devant l’Assemblée Nationale réclamant la levée de l’immunité parlementaire de Le Pen, alors député. Le 23 septembre, Jean Pierre-Bloch l’assigne en référé devant le tribunal de Nanterre et le fait condamné au civil en raison du « trouble manifestement illicite » provoqué par ces propos.

Vers la loi Gayssot

Au moment des déclarations de Jean-Marie Le Pen, la loi française ne permet que très difficilement de poursuivre les auteurs de propos négationnistes. Réunie en convention à Strasbourg les 14 et 15 novembre 1987, la LICRA se met au travail pour proposer au gouvernement un arsenal juridique pénal permettant de condamner la négation de la Shoah. Bernard Jouanneau, président de la commission juridique de la LICRA, déclare devant les militants antiracistes les enjeux qui sont à l’oeuvre :

« Et puis voilà Le Pen qui vole à leur secours en apportant ainsi d’un coup à leurs divagations 10 à 15% du corps électoral français. L’occasion est trop belle pour eux de relever la tête et de reprendre la lutte. (…) Aujourd’hui la LICRA est en première ligne. C’est elle qui a pris tous les risques qui a entraîné derrière elle le MRAP, la LDH, les mouvements de déportés. Elle assumera le combat judiciaire.

Mais il en est un autre sur le terrain législatif qui doit, retenir ici notre attention. Il est question d’incriminer comme apologie de crime contre l’humanité la remise en question du génocide, de la solution finale, de l’extermination organisée des juifs, de l’utilisation de moyens techniques et chimiques pour mettre en oeuvre la solution finale. En clair : des chambres à gaz. »

Le 13 juillet 1990, le Parlement adopte la loi « Gayssot », du nom du député communiste de Drancy, permet d’incriminer ceux qui contestent les crimes contre l’Humanité définies par le tribunal de Nuremberg en 1945.

La LICRA face au négationnisme

La négation de la Shoah n’est pas née en 1987. Dès l’immédiat après-guerre, les antisémites se sont employés à effacer le crime pour mieux en dédouanner les criminels. Hitler ayant, pour reprendre le mot terrible de Bernanos, « désohonoré l’antisémitisme », ses continuateurs tentent de réécrire l’Histoire et de le réhabiliter.
Dès la parution du Mensonge d’Ulysse de Paul Rassinier en 1950, la LICA condamne cette entreprise de falsification et dans le Droit de vivre, Louis Martin-Chauffier stigmatise « le mensonge et la calomnie (…) d’un médiocre disciple de Maurras camouflé en libertaire ». En 1964, Rassinier échoue à faire condamner Bernard Lecache en raison de la campagne menée contre lui par la Ligue.

Le 28 octobre 1978, Darquier de Pellepoix, condamné à mort par contumace à la Libération et exilé en Espagne, déclare dans L’Express : « Je vais vous dire, moi, ce qui s’est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c’est vrai. Mais on a gazé les poux ». La LICRA lance une campagne afin de demander l’extradition de l’ancien Commissaire aux Questions Juives de Vichy pour qu’il réponde de ses propos. Le gouvernement français voit sa requête rejetée par l’Espagne. Darquier meurt le 29 août 1980 sans avoir été jugé.
Au début des années 1980, la LICRA poursuit activement les entreprises de falsification Dès 1981, elle obtient la première condamnation pour diffamation raciale de de Robert Faurisson, alors professeur de littérature à l’Université Lyon 2 et exégète-faussaire du Journal d’Anne Frank dont il conteste l’authenticité. En 1986, la LICRA obtient l’annulation de la thèse de Nantes d’Henri Roques et l’année suivante, la saisie des Annales d’Histoire Révisionniste. Elle poursuit aujourd’hui encore sans relâche son combat contre les négationnistes.