1929 : La LICA se définit

“Notre doctrine, c’est la conscience, notre programme, la justice.”

Manuscrit du rapport sur l’idée centrale, la doctrine de la LICA

« […] Tous les ligueurs savent que la LICA est composée d’hommes et de femmes de toutes conditions, de toutes confessions et de toutes partis opinions politiques. Nous savons tous que la Lica poursuit un but particulier et précis : la lutte contre l’antisémitisme et un but général qui n’est pas moins précis, l’établissement de la paix entre les peuples et entre les hommes. Elle s’occupe d’abord des intérêts des Juifs, qui sont les intérêts de tous les opprimés, elle s’en occupe plus que toute autre organisation. […] Il faut pour cela, combattre l’ignorance et le préjugé, les traditions lourdes et tenaces dans les masses populaires non évoluées. Il faut nous construire une croyance et une foi, une religion basée sur la conscience et contrôlée par la raison. […] Notre idéal est beau et fort, notre idéal est juste. Il faut que nous l’ayons partout devant les yeux et surtout dans notre cœur. Nous voulons baser notre action sur la conscience, parce que c’est la faculté humaine dont la justice est le contenu ou le produit. […] Nous dirons a tous : Frères, la Lica veut la paix, pour la paix, et parce que les Juifs, les hommes ne seront tranquilles que dans un monde pacifié, et que fidèle à la conscience, elle y travaille. […] La Lica n’est pas un parti politique, elle est le parti de la conscience. Les partis qui répondent à ses conceptions existent déjà. Elle collaborera avec eux dans la mesure où ceux-ci pourront lui venir en aide dans sa lutte contre la réaction antisémite. Elle est internationale, elle ne reconnaît pas de frontières à la solidarité humaine. Elle lutte pour abolir tous les privilèges, pour faire régner l’égalité dans un esprit international. Elle ne voit au monde, qu’un seul peuple, qu’une seule classe, celle des travailleurs. On nous appelle révolutionnaires, nous ne nous en cachons pas. Si la révolution consiste à établir la paix l’égalité la fraternité, nous sommes révolutionnaires. Notre doctrine c’est la conscience, notre programme c’est la justice. Et c’est pourquoi nous crions au monde : hommes de conscience de tous les pays, au nom de la justice, unissez-vous. »

Portrait : Lazare Rachline

Lazare Rachline © Archives personnelles de François Rachline

Lazare Rachline est né le 25 décembre 1905 à Gorki Leninskie (Russie). En 1906, âgé de quelques mois, il arrive en France dans les bras de sa mère pour échapper aux pogroms qui déciment les Juifs. Ingénieur des Arts et Métiers, il publie dès 1927 ses premiers articles sous le nom de Lazrach et dans lesquels il dénonce l’antisémitisme. Cofondateur de la Ligue contre les pogromes puis de la LICA, il est un des piliers de l’organisation aux côtés de Bernard Lecache. En charge de « la propagande », il est l’une des chevilles ouvrières du Droit de Vivre qu’il a contribué à fonder en 1932. Naturalisé français en 1938, il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier le 21 juin 1940. Après son évasion, il rejoint sa famille à Brive-la-Gaillarde et s’engage dans la Résistance. Sous les pseudonymes de « Lucien Rachet » et de « Socrate », il s’engage dans le mouvement Libération Sud et met en place un réseau d’évacuation des aviateurs britanniques. Condamné à mort par contumace par un tribunal allemand, recherché par la Gestapo, il parvient à rejoindre Londres où le général de Gaulle lui confie la mission de restructurer les mouvements intérieurs. A la Libération, Délégué du gouvernement provisoire pour la Zone Nord, commissaire de la République, il quitte ses fonctions quand il apprend la mort de son frère Vila, fusillé par les Nazis. Cofondateur du journal Point de vue, il participe au lancement de l’Express. Militant de la LICA jusqu’à sa mort en 1968, il a joué, dans l’ombre de Bernard Lecache, un rôle essentiel et crucial dans le développement du combat antiraciste.

L’école du “propagandiste”

Dès 1929, sous l’impulsion de Lazare Rachline, la LICA forme ses militants. Elle crée en décembre de cette année une « école du propagandiste » destinée à donner aux adhérents et sympathisants de la Ligue les outils pour mener le combat contre l’antisémitisme et contre le racisme.