1933 : La LICA contre Hitler

Mobilisation générale contre le nazisme

L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler et d’un gouvernement officiellement antisémite en Allemagne provoque une mobilisation inédite des militants antiracistes en France. A partir du mois de janvier 1933 et jusqu’en 1940, combattre Hitler devient quasiment le seul point à l’ordre du jour de la LICA. Le temps est à l’organisation de meetings antihitlériens qui rassemblent des foules considérables. À Wagram, à Bullier, à la Mutualité à Lyon, au théâtre Sébastopol de Lille, salle Prat à Marseille, à l’Alhambra de Bordeaux, l’antinazisme fait salle comble et draine au cours de l’année 1933 des dizaines de milliers de personnes. L’action de la LICA s’inscrit dans un phénomène global national et international où la société réagit et s’organise contre la menace.

Le Droit De Vivre – N°11 – Avril 1933

Le Droit de Vivre est aussi le fer de lance de la mobilisation et permet à la LICA de durcir le ton et d’affirmer, en avance sur opinion qui se dérobait, ses distances avec le pacifisme ambiant qui, à l’image de Gaston Bergery invite aveuglément, dans le journal La Flèche du 6 mars 1937, « à ne pas laisser sans réponse les paroles de paix du Fürher ». Dans les colonnes du journal de la LICA, les éditoriaux de Lecache et les tribunes de Pierre Brossolette fustigent le non-interventionnisme de la France après l’agression de l’Italie fasciste contre l’Ethiopie en 1935 ou encore la signature des accords de Munich en 1938.

“Boycottez les bourreaux !”

Le Droit De Vivre – N°24 – Février 1935

Le coeur de la mobilisation anti-hitlérienne s’appuie sur la campagne de boycottage des produits allemands lancée par Bernard Lecache qui repose sur un mot d’ordre : « Boycottez les bourreaux ! ». Les ligueurs font le tour des salles de cinéma pour appeler les spectateurs à boycotter les films venus d’Outre-Rhin. La LICA organise la création de comités en France, en Europe mais aussi aux Etats-Unis ou encore en Egypte. Georges Zérapha, trésorier de la LICA, prend la tête du Comité central de boycottage des produits hitlériens et se consacre presque exclusivement à cette tâche. Chaque semaine, le Droit de Vivre tient la « Chronique du boycottage » désignant au public les produits allemands qu’il ne faut pas acheter ou invitant les touristes à ne pas voyager en Allemagne. Le comité va même appeler à la grève les ouvriers travaillant dans des usines fournies en matière première importée du Reich. Dans le Droit de Vivre de juin 1935, Zérapha phénomène global, national et international où la société réagit et s’organise contre la menace. Le Droit de Vivre est aussi le fer de lance de la mobilisation et permet à la LICA de durcir le ton et d’affirmer, en avance sur opinion qui se dérobait, ses distances avec le pacifisme ambiant qui, à l’image de Gaston Bergery invite aveuglément, dans le journal La Flèche du 6 mars 1937, « à ne pas laisser sans réponse les paroles de paix du Fürher ». Dans les colonnes du journal de la LICA, les éditoriaux de Lecache et les tribunes de Pierre Brossolette fustigent le non-interventionnisme de la France après l’agression de l’Italie fasciste contre l’Ethiopie en 1935 ou encore la signature des accords de Munich en 1938. explique la philosophie de cette campagne : « Boycotter Hitler, c’est un soulagement, une libération. (…) Pour moi, la question du boycottage (…) n’est ni technique, ni économique, ni politique. Elle est une question d’honneur ».

Verbatim : “Contre l’Allemagne d’Hitler, pour l’Allemagne d’Albert Einstein”

Bernard Lecache – Discours contre Hitler Salle Wagram à Paris en 1933

Bernard Lecache, salle Wagram, 5 avril 1933, meeting des engagés volontaires juifs et de la LICA : « Grâce à l’action énergique et systématique de nos amis du comité de défense des juifs persécutés en Allemagne, un boycottage qui s’étendra dans tous les domaines. Et c’est ainsi que, s’il le faut et si certains marchands de films ne comprennent pas qu’il est inélégant, inopportun à l’heure actuelle de passer des films allemands qui pour la plupart proviennent d’ailleurs de la maison UFA, c’est-à-dire de la firme Hugenberg, et bien nous irons dans les cinémas. Ce n’est pas dans un but chauvin, ce n’est pas dans un but nationaliste que nous luttons contre Hitler. Nous faisons la différence entre les deux cultures. Nous sommes contre l’Allemagne d’Hitler. Nous sommes pour l’Allemagne d’Albert Einstein »

“Pas d’Olympiade à Berlin !”

Affiche des Jeux Olympiques de Berlin – 1936

En 1931, le Comité international olympique (CIO) a attribué à la ville de Berlin l’organisation des Jeux Olympiques de 1936. La prise du pouvoir par les nazis en janvier 1933 change la donne et offre au régime hitlérien une vitrine internationale insupportable pour les militants antiracistes. Dès mai 1933, le Droit de Vivre prend position et s’alarme du principe des Jeux « dans un pays qui ne tient pas compte d’un règle essentielle des Olympiades, à savoir l’égalité de race complète ». En 1935, Bernard Lecache saisit le CIO et son président d’honneur, Pierre de Coubertin qui répond sèchement « avoir pris des assurances au sujet de la participation des athlètes juifs ». Le 10 novembre 1936, les groupes d’autodéfense de la LICA investissent les Champs Elysées et la place de la Concorde en distribuant des milliers de tracts « anti-olympiques ». Les Jeux de Berlin auront lieu et la France y participera . En juillet 1938, la LICA poursuit le combat en appelant à boycotter le film que Léni Riefenstahl, Les Dieux du Stade, venait promouvoir à Paris.