2001-2006 : La LICRA face aux nouveaux antisémites

2001 : Le choc de Durban

Le 2 septembre 2001, l’Organisation des Nations Unies sous la présidence de Kofi Annan lance à Durban, en Afrique du Sud, la troisième conférence mondiale contre le racisme et l’intolérance. La LICRA est présente aux travaux de ce symposium.

En marge de cet événement, se tient un forum rassemblant plus de 6000 organisations non-gouvernementales. Pour la plupart tiers-mondistes, elles veulent profiter de la médiatisation de la Conférence pour dénoncer « le racisme de l’Occident, des Etats-Unis et d’Israël contre les pays arabes », tenter de faire inscrire Israël sur la liste des Etats pratiquant l’apartheid et invoquer « l’alliance impie entre le racisme sud-africain et le sionisme ».

Le déferlement antisémite va plomber les travaux de la Conférence. Sur les panneaux et les banderoles des manifestants, l’antisémitisme s’affiche sans vergogne : « One jew = One bullet » (Un juif = une balle), accompagnés de caricatures baignées dans la haine des Juifs. Des pamphlets antisémites sont diffusés sur le forum : les Protocoles des Sages de Sion et Mein Kampf sont mis en vente sur les stands de certaines ONG. Des heurts éclatent et des militants d’associations juives sont molestés.
Au début de la conférence, son président, Kofi Annan annonce qu’il exclut toute référence au sionisme. Le lendemain, les délégations des États-Unis et d’Israël quittent la conférence le 3 septembre. La France et les autres pays de l’Union européenne menacent d’en faire de même si le sionisme est assimilé à du racisme. Une déclaration finale contre le racisme est votée, à l’arraché, par la conférence. Finalement, le 58e point du rapport final de Durban dispose « que l’Holocauste ne doit jamais être oublié », le 61e point critique la « montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie dans diverses régions du monde ».

En revanche, le document final produit par le forum des associations est trempé dans la haine : l’appel au boycott d’Israël, accusé
« d’épuration ethnique et de génocide contre le peuple palestinien » suscite l’indignation et est dénoncé par la LICRA, Amnesty International et la Ligue des Droits de l’Homme. Avec la conférence de Durban, l’antisémitisme fait un saut dans la mondialisation et se mesure désormais à l’échelon international. Trois jours après la fin des travaux, les attentats du 11 septembre achèvent de faire découvrir au monde l’horreur du terrorisme islamiste dont l’idéologie baigne dans l’antisémitisme et le négationnisme.

La mort d’Ilan Halimi : un crime de barbares antisémites

Portrait d’Ilan Halimi

Le 13 février 2006, le corps agonisant d’Ilan Halimi, 24 ans, est découvert le long des voies ferrées du RER C à Sainte-Geneviève-des-Bois dans le département de l’Essonne. Il décèdera peu de temps après son transfert à l’hôpital. Il avait été enlevé par le « Gang des barbares » dans la nuit du 20 au 21 janvier de la même année. Une jeune femme avait servi d’appât pour s’attirer la confiance d’Ilan. L’autopsie du jeune homme montrera les stigmates d’un calvaire particulièrement atroce. La LICRA appelle, avec le CRIF et d’autres organisations, à une manifestation mais déplore « la solitude des Juifs, seuls descendus dans la rue. »

Ilan Halimi est mort parce qu’il était juif. Parce qu’un juif, pour des antisémites comme Fofana et son gang, est forcément riche. Parce que pour eux, « le Juif », c’est l’argent. Cette affaire n’est pas celle d’un crime crapuleux ou d’une tentative d’extorsion de fonds qui aurait mal tournée. Il s’agit bien d’un meurtre antisémite où la seule considération qui a emporté une telle violence et un tel acharnement tient aux préjugés et à la haine des juifs dans laquelle baignaient les agresseurs d’Ilan.

Youssouf Fofana et les 26 autres membres du « Gang des Barbares » sont rapidement identifiés et arrêtés. Le procès s’ouvre le 29 avril 2009. Il est condamné le 11 juillet 2009 à la peine maximale en droit français pour ce crime, soit la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans. La LICRA s’était constituée partie civile à ce procès, aux côtés des victimes.

Dieudonné M’Bala M’Bala, de l’humour à la haine

Dieudonné M’Bala M’Bala, dit Dieudonné est d’abord connu du grand public comme humoriste au sein du duo qu’il forme, au début des années 1990, avec Elie Sémoun. En 1997, la LICRA avait croisé sa route alors qu’il s’était présenté aux législatives à Dreux contre Marie-France Stirbois. A l’époque victime d’attaques racistes, il avait même demandé à la Ligue son soutien.
Au début des années 2000, Dieudonné M’Bala M’Bala prend des positions de plus en marquées par l’antisémitisme. En 2000, il projette de se lancer dans l’écriture et la réalisation d’un film sur l’histoire de la traite négrière, centré autour du Code noir. Il demande au Centre national de la cinématographie (CNC) une aide à l’écriture pour son film sur le Code noir. Cette subvention lui est refusée en janvier 2002. Il dénonce ce refus en accusant « les sionistes du CNC » de pratiquer un « deux poids, deux mesures », dénonçant par là le mauvais sort mémoriel fait selon lui à la traite des Noirs, en comparaison de celui réservé à la Shoah. À la même époque, il commence à se rapprocher de certains mouvements noirs radicaux, notamment la Nation of Islam américaine qui tente alors de s’implanter en France.

Article sur Dieudonné paru dans Lyon Capitale, 2002

En 2002, il déclare dans le journal Lyon Capitale que « les Juifs, c’est une secte, une escroquerie. C’est une des plus graves parce que c’est la première. » La LICRA décide de porter plainte contre lui. Il est relaxé en première instance puis par la Cour d’appel de Paris en février 2006, mais finalement un pourvoi aboutit, un an plus tard, à la cassation de cette relaxe, la cour estimant que ses propos constituent bien une injure antisémite, car « visant un groupe de personnes en raison de son origine ». En 2006, la LICRA obtient la condamnation de Dieudonné pour avoir qualifié les Juifs « de négriers enrichis, de banquiers, de militants sionistes et de terroristes soutenant Sharon ». Ces deux condamnations marquent le début d’une longue série de dérapages antisémites et négationnistes, de compagnonnage avec Jean-Marie Le Pen et Robert Faurisson. La France découvrait que la haine des Juifs n’était assurément plus le monopole de l’extrême-droite et qu’elle avait, à l’extrême-gauche, des défenseurs zélés.