21 avril 1939 : Le décret-loi Marchandeau – L’antiracisme dans la loi

À la recherche de la loi antiraciste

Le Réveil du Peuple, journal d’extrême droite antisémtite, juin-juillet 1939

La victoire du Front Populaire en 1936 avait donné un espoir aux militants de la LICA : celui de voir aboutir un projet de loi pénalisant l’expression du racisme et l’antisémitisme. Le Droit de Vivre proclamait dès le 9 mai 1936 : « Nous aurons une loi contre le racisme ». Il faut dire que les années 30 ont vu la recrudescence d’une presse ouvertement antisémite : La Libre Parole de Coston, La France Enchaïnée de Darquier de Pellepoix, L’Emancipation Nationale de Doriot, La Nouvelle France, « organe nationaliste antijuif », Le Réveil du Peuple de Jean Boissel, Gringoire ou encore Je suis partout de Pierre Gaxotte. Parmi les « députés du Droit de Vivre », Jean Pierre-Bloch et André Philip sont chargés de préparer le terrain politique. En interne, un débat divise les militants de la LICA, entre ceux qui considèrent une telle démarche liberticide et ceux, dont Lecache, qui font primer la cohésion nationale et le principe d’égalité. Le gouvernement de Léon Blum va décevoir les espérances de la LICA. Victime d’une campagne de haine antisémite menée par la presse d’extrême-droite, le président du Conseil ne voudrait pas faire accroire l’idée qu’il proposerait une législation pro domo.

“Aucune raison tirée de la race ou de la religion ne peut rompre l’égalité des citoyens”

Journal Officiel du 25 Avril 1939, le décret sera abrogé par Vichy en 1940 et rétabli par le Général De Gaulle en 1944

De 1937 à 1939, l’avènement de la loi antiraciste est le leitmotiv des revendications la LICA qui multiplie les initiatives auprès du gouvernement et des parlementaires. Sans succès. De guerre lasse, Bernard Lecache décide de soumettre son propre projet de loi au gouvernement. Le 24 janvier 1939, il adresse son texte à Paul Marchandeau, garde des Sceaux. Dans les colonnes du Droit de Vivre, Léo Lagrange appuie la démarche : « Et que l’on ne nous parle surtout pas de liberté. (…) La liberté n’est pas en cause si on frappe ceux qui veulent la détruire dans notre pays et dont les actes sont une véritable trahison de la nation ». Le 21 avril 1939, le Gouvernement passe à l’acte. Le décret-loi « Marchandeau » prévoit des sanctions pénales allant jusqu’à un an d’emprisonnement à l’encontre de ceux qui,t par « la diffamation ou l’injure, commise envers un groupe de personnes qui appartiennent par leur origine, à une race ou à une religion déterminée », auront cherché à « exciter la haine entre les citoyens ou les habitants ». Affirmant que désormais « aucune raison tirée de la race ou de la religion ne peut rompre l’égalité des citoyens », le texte modifie les articles 32, 33 et 60 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. L’application de cette loi repose toutefois sur des modalités d’assignation très contraignantes : seule la victime ou le ministère public pourront avoir l’initiative des poursuites. Les associations antiracistes n’auront pas la possibilité de déposer plainte.

Darquier de Pellepoix, premier condamné

Louis Darquier de Pellepoix, et Pierre Gérard traduits en correctionnelle à Paris, le 27 juillet 1939, à la suite de la parution d’un article dans La France enchaîné. Ils sont défendus par Me Robert Castille.

La réaction de la presse d’extrême-droite est immédiate. Le 28 avril 1939, la « une » de Je Suis Partout met en garde son lectorat : « Je Suis Partout rappelle à ses lecteurs que la presse n’est plus libre ». Le « Réveil du Peuple » dénonce « la loi Lecache ». Dans le numéro 29 de La France Enchaînée paru début juin 1939, Louis Darquier de Pellepoix publie un article, comme à l’acoutumée, antisémite. Il est condamné à trois mois de prison et 500 francs d’amende. Dénonçant un « crime de lèse juif », il est mobilisé lors de la déclaration de guerre et échappe à sa peine.

La LICA et Mein Kampf

En 1934, plutôt que de bloquer le brûlot antisémite d’Hitler Mein Kampf, la LICA décide de participer à sa traduction et sa diffusion en France, afin que nul n’ignore du danger nazi. Il s’associe à Fernand Sorlot, patron des Nouvelles Editions latines et proche des milieux nationalistes qui, par patriotisme, tient une ligne germanophobe. Bernard Lecache expliquera plus tard les buts de cette association contre-nature : « Nous avons tiré à 5 000 exemplaires, nous en avons envoyé 4 000 exemplaires à tout ce qui compte dans la nation, professeurs de faculté, membres de l’Institut, chefs militaires, présidents des tribunaux, ecclésiastiques de toutes les religions, tous les syndicats patronaux et ouvriers, cercles, légations, etc. à l’élite si vous voulez de la nation, aux organismes par lesquels il pouvait être diffusé jusque dans les degrés les plus profonds de la nation. Nous en avons gardé un millier pour nous que nous avons essayé de vendre sous le manteau. » .