21 mars 1960 : Contre l’Apartheid

Le racisme d’Etat en Afrique du Sud

Gouvernement Malan (1948 – 1954) d’Afrique du Sud

Le 22 juin 1950, le gouvernement sud-africain du Parti National unifié, dirigé par Daniel François Malan et allié au Parti Afrikaner, promulgue « Loi de classification de la population ». Cette loi, qui institutionnalise la classification raciale pour chaque habitant du pays âgé de plus de 16 ans, finalise le programme d’Apartheid qui avait été initié par le « Group Areas Act » (Loi d’habitation séparée) du 27 avril 1950.

Désormais, chaque habitant du pays doit être classé et enregistré en fonction de ses caractéristiques raciales, exauçant le voeu formulé par le Premier ministre lors de sa victoire lors des élections de 1948 :
« Aujourd’hui l’Afrique du Sud nous appartient une fois de plus… Que Dieu nous accorde qu’elle soit toujours nôtre. »
Seulement quatre années à peine après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un pays organise un racisme d’Etat, reposant sur l’idéologie suprémaciste, celle de la prétendue « supériorité de la race blanche ».

“Avec tous les hommes libres, venez exprimer votre indignation”

Affiche – Rassemblement de la LICA contre l’Apartheid (1960)

La LICA se mobilise dès l’avènement des premières lois raciales sud-africaines et demande au gouvernement Français de dire son indignation face à cette situation.
Comme elle l’avait fait contre l’Allemagne Nazie, la LICA organise une campagne de boycottage des produits sud-africains et soutient les initiatives du « Torch Commando » appelant à la désobéissance civile les Blancs vivant en Afrique du Sud. Durant toutes les années 50, la Ligue dénonce la ségrégation pratiquée par le régime du Cap et organise des meetings sur cette question.

Les troubles qui traversèrent le pays en 1960 lors du massacre de Sharpeville qui fit 69 morts parmi les populations noires conduit Bernard Lecache a organiser, en France, des manifestations contre ce racisme d’Etat et les violences qu’il engendre.

Une du Droit de Vivre (15 mai 1952)

La motion du 21 avril 1960

Nelson Mandela

Le 21 avril 1960, un mois après le drame, Bernard Lecache organise une manifestation devant l’Ambassade d’Afrique du Sud pour remettre aux autorités du pays la motion suivante :

« La Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antlsémitisme (L.I.C.A.), au nom de ses dizaines de milliers d’adhérents, tant en France que dans tous les Etats de la Communauté, tient à signifier au Gouvernement de l’Union Sud-Africaine sa profonde émotion devant les douloureux événements qui viennent de se dérouler dans votre pays. Soucieux avant tout du respect de la dignité humaine et du droit de vivre pour tous, la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (L.I.C.A.) proteste contre les effusions de sang dont furent victimes de nombreux hommes de couleur, contre le parquage des noirs dans des « réserves », contre les arrestations massives et injustifiées à Johannesburg, Le Cap, Durban, Port-Elisabeth. Sharpeville, Langa, Nyanga, contre les« laissez-passer » obligatoires pour les noirs et contre toutes les manifestations officielles de la ségrégation raciale. La Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (L.I.C.A.) espère que le Gouvernement de l’Union Sud-Africaine tiendra compte de cette protestation et que la paix interraciale succédera à l’Intolérance, l’injustice et l’oppression dans tout le territoire de l’Union ».

Une du Droit de Vivre – Numéro 507 (Janvier 1985)

Nelson Mandela, leader de l’ANC, passera 27 années en prison en raison de son engagement pour l’égalité en Afrique du Sud. Entre le 22 juin 1950 et le 30 juin 1991, l’Afrique du Sud a été un pays raciste, non seulement dans sa société mais dans sa loi. La discrimination y était légale. Il faudra attendre la libération de Nelson Mandela pour mettre fin à cette politique de soumission des Noirs d’Afrique du Sud. Durant toute cette période, la LICRA a joué son rôle de veille et d’alerte de l’opinion face à un racisme érigé en système de gouvernement.