25 septembre 2010 : Carton Rouge contre le racisme anti-roms

Portrait d’un enfant Rom par Ivan Constantin

Fidèle à son histoire et à ses combats, la LICRA s’oppose à la politique de stigmatisation dont sont toujours victimes Gens du voyage, « personnes d’origine étrangère », Roms et étrangers. Lors d’un contrôle routier de nuit à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), un gendarme tire deux coups de feux. Atteint mortellement dans son véhicule, Luigi Duquenet, 22 ans, décède ce samedi 18 juillet 2010.

Opération Carton Rouge de la LICRA

Luigi était gitan. Dans la foulée, Nicolas Sarkozy organise à l’Elysée le mercredi 28 juillet une réunion exceptionnelle sur « les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms » pour faire « le point de la situation de tous les départements et les expulsions de tous les campements en situation irrégulière ».
La LICRA réagit immédiatement contre cette stigmatisation annoncée des populations nomades et les amalgames. Elle lance le 25 septembre 2010 une campagne nationale, intitulée « carton rouge », appelant tous les Républicains à écrire au Ministre de l’Intérieur : « Non à l’expulsion des Roms, Non à la stigmatisation des étrangers, Non au morcellement ethnique de la République ».

L’opération consiste à renseigner des cartons rouges rappelant que la sécurité que l’Etat doit assurer aux citoyens et aux résidents ne saurait l’être au détriment de l’égalité qu’elle leur doit tout autant. 50.000 cartons rouges ont été distribués dans toute la France du 25 septembre au 8 octobre 2010 par les sections et les partenaires de la LICRA.

“Roms”, “Tsiganes”, “Manouches” ou “Gitans” ?

« Une » anti-rom du journal Valeurs Actuelles, 2014

« La plupart des mots qui servent à désigner les populations romani sont forgés par ceux qui ne s’y rattachent pas. Ils témoignent de la longue histoire de leur migration depuis le Nord de l’Inde, suivant des itinéraires différents. Le terme de « Tsigane » viendrait d’un amalgame entre ces populations et les membres d’une secte pratiquant une variante du zoroastrisme, venue d’Asie mineure au XIIème siècle : les Atsinganos.

Le mot Gitan provient quant à lui de ce que les premiers Roms arrivant en Europe Occidentale au XVème siècle, prétendaient venir de « petite Egypte », expression désignant probablement l’Épire, une région de la Grèce. Ces populations ont leurs propres dénominations pour se définir et se différencier. Les plus communes sont Sinti, Kalé, Rom et Manus (qui donna « manouche » en français). Le mot « Rom » signifie « homme adulte, accompli » dans toutes les variantes du romani, la langue de ces peuples. S’il désigne la branche spécifique originaire d’Europe centrale et balkanique, il est aussi un terme universel pour tous les Tsiganes, Gitans et Manouches. Refusant les appellations péjoratives données par les gadjés (les non-Roms), les militants des mouvements d’émancipation des Roms ont donc choisi ce terme générique. À l’instar de l’Union Européenne, c’est le terme que nous avons aussi retenu. »

Leadership, organisation et représentation des communautés Roms en Europe, Note réalisée par Léo LARIVIERE, Nathalie SALAGNAC, Geoffrey BESNIER, Louis-Guillaume SABATIER dans le cadre du projet collectif de Sciences Po Paris pour le Cercle de la LICRA.

17 000 Roms en France

Familles Roms expulsées par la police en 2014

Aujourd’hui les actes de violence à l’encontre des Roms sont trop souvent admis. On les présente comme réfractaires à l’intégration, et on explique facilement la violence… quand on ne l’excuse pas. Certains élus locaux, députés ou ministres, stigmatisent cette population et contribuent à installer cette atmosphère de préface au pogrom. On évacue les campements illégaux où vivent ces familles, dont le nombre a augmenté avec l’entrée, en 2007, de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union Européenne. Ils ne seraient pourtant que 17 000 en France.
Une circulaire d’août 2012 encadre en principe ces évacuations, en proposant des parcours d’intégration avec logement, formation et emploi… hélas diversement appliqués, car soumis à des critères que les Roms ont du mal à remplir (abandon des trafics, scolarisation des enfants, maîtrise du français).

Trop souvent, des écoles refusent les enfants, arguant du fait qu’ils n’ont pas d’adresse fixe : en effet, de nombreuses municipalités refusent de donner une adresse administrative aux bidonvilles, pour éviter une sédentarisation, fût-elle provisoire, qui feraient de ces Roms d’éventuels candidats aux logements sociaux déjà trop rares. D’où la nomadisation continue de ces populations, d’un bidonville à l’autre, en région parisienne, à Lyon ou Marseille. Ceux qui habitent dans la proximité de ces bidonvilles développent d’autant plus de peurs que les rumeurs les plus folles se répandent à propos des Roms, dont la situation économique et sociale explique mais ne justifie pas la délinquance. Pour combattre le racisme ordinaire qui peut aller jusqu’à tuer, il faut améliorer la politique d’intégration de ces Européens, et exiger des élus qu’ils fournissent à cette minorité eau, toilettes, poubelles et scolarisation des enfants.

“La voix du peuple Rom”

Durant de nombreuses années, le Droit de Vivre a consacré une rubrique récurrente intitulée « la Voix du Peuple Rom » dans laquelle étaient évoquées les problèmes rencontrées par ces populations. La LICRA recevait même lors de ces congrès et conventions une délégation des représentants des associations Roms.

Familles Roms expulsées par la police en 2010

Le Cercle de la LICRA réfléchit à la situation des Roms

Le Droit de Vivre, Numéro 452, Décembre 1979

Le Cercle de la Licra-Réfléchir les droits de l’homme est le premier think tank français dédié aux droits de l’Homme. Fondé et présidé par Martine Benayoun, il réunit des chercheurs, des experts, des responsables politiques, des acteurs de la société civile et des personnalités du monde des arts et de la culture pour débattre et produire des réflexions et des analyses croisées sur des sujets clivants qui font l’actualité. Il entend promouvoir des concepts novateurs en matière de droits de l’Homme et faire émerger des solutions alternatives et des bonnes pratiques.
En partenariat avec Sciences Po Paris, le Cercle a produit plusieurs notes relatives aux Roms et à leur situation en Europe et relevait en 2015 :

« Le racisme anti-Rom est aujourd’hui dangereusement banalisé au sein des sociétés européennes. Selon diverses études, cette tendance va en s’accentuant. En France comme dans le reste de l’Europe, la société civile sonne l’alarme : les expulsions forcées des Roms qui vivent en bidonville entraînent de graves problèmes en amont tels que la déscolarisation des enfants et le maintien des familles dans un cycle de pauvreté. Cette situation condamne essentiellement les Roms à l’errance en plus de faire obstacle à leur insertion sociale et à leur accès au marché du travail. En plus d’être hautement stigmatisés dans les pays où ils se concentrent typiquement en majorité (Roumanie, Bulgarie et Hongrie), les Roms subissent aussi les contrecoups de la montée de l’euroscepticisme à l’Ouest. »