26 avril 1936 : L’antiracisme comme programme

La LICA et le Front Populaire

Le 6 février 1934 marque une étape importante dans le cheminement politique de la LICA, élargissant son action de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme au combat antifasciste. La tentative de coup de force des ligues d’extrême-droite a fait prendre conscience des risques immédiats qu’elles faisaient peser sur la République. La LICRA participe à la coordination antifasciste et prend une part active à la contre-manifestation du 12 février. 5 mars, elle rejoint le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes (CVIA). Dès lors, Bernard Lecache ouvre très largement les meetings de la Ligue aux figures de la gauche. En octobre 1934, la LICA devient membre du comité directeur du Comité d’Unité d’Action Antifasciste et organise dans tout le pays des réunions publiques où l’on appelle à « l’union des masses populaires juives et non-juives pour l’égalité des races et de la fraternité des hommes ».

Le Droit de Vivre Numéro 23, avril 1936

La LICA entre en campagne pour le Front Populaire. Si aucune consigne de vote n’est donnée au premier tour, au second tour « les ligueurs devront rallier leurs suffrages au candidat désigné par le Front Populaire ». Les adversaires de la LICA, les candidats « racistes » sont désignés dans les colonnes du Droit de Vivre, à l’image d’Henry Coston, patron du journal antisémite La Libre parole qui se présente en Algérie sous l’étiquette « candidat anti-juif d’Union latine ». La Ligue décide même de présenter ses propres candidats face aux candidats antisémites déclarés. André Féry sera le candidat de la LICA face à Coston.

“Êtes-vous pour ou contre le racisme, et donc l’antisémitisme ?”

Le Droit de Vivre Numéro 23, avril 1936

Le 18 avril 1936, la LICA publie dans les colonnes du Droit de Vivre un questionnaire envoyé aux candidats (essentiellement de gauche) : « 1° Etes-vous pour ou contre le racisme et donc, l’antisémitisme ? Pourquoi ? 2° Accepteriez-vous de signer une pétition exigeant le respect de l’égalité des droits entre les races de tous les pays ? ». A la veille du scrutin du 26 avril, le Droit de Vivre titre sur cinq colonnes « Victoire du Rassemblement Populaire ! Victoire de la LICA ! ». La victoire du Front Populaire est en effet totale et les députés ayant témoigné de leur adhésion aux idéaux de la Ligue sont qualifiés de « députés du Droit de Vivre » tandis 40 autres sont estampillés « amis de la LICA ». Henry Coston a été battu. Lecache lie désormais le destin de son association à celle de la nouvelle majorité : « Un pacte nous lie, et nous savons, dans le sein du Front Populaire, que nous vaincrons ensemble ou que nous périrons ensemble. Les fautes de nos gouvernements seront nos fautes. Leurs succès seront nos succès ».

Verbatim : Georges Zérapha “Notre combat contre l’antisémitisme”

Discours au Congrès National de la LICA (1934) « C’est donc bardé de méfiance et de non-conformisme, hérissé d’indépendance, et soucieux non seulement de lutter contre l’antisémitisme comme homme et comme Juif que j’ai été amené à prendre ma part de responsabilité dans la direction du navire pendant la tempête de février. L’histoire des événements vous montrera que la position de la Ligue, pour être inévitablement de tendance politique, est une position qui lui est imposée ; et si elle est en même temps voulue par ses dirigeants, c’est, à mon avis, qu’ils ont un sens aigu des réalités politiques. Dès la fin de l’année 1933, un événement de grandes conséquences s’est produit : une conférence de Daudet sur la question juive. J’ai assisté à cette conférence. Je me souviendrai toujours de la mine anxieuse d’un des militants les plus actifs, les plus dévoués et les plus sincères de notre Ligue, écoutant à mon côté. Ainsi, L’Action Française se déclarait antisémite ! On peut être tolérant à l’égard de toutes les opinions, on peut admettre la doctrine royaliste, mais quand un parti quelconque s’est déclaré antisémite, si on lutte contre l’antisémitisme, ce parti, c’est l’ennemi. (…) Pour moi, l’action politique de la LICA n’est pas tant une revendication qu’une réaction. Mais il faut s’entendre : de même que, dans la vie individuelle, résister à la maladie, résister au vice, résister aux forces mauvaises, c’est aller vers la santé, vers la vertu, vers la bonté, de même dans la vie sociale résister à l’injustice, résister à l’oppression, résister à la force, c’est aller vers la justice, la liberté et la fraternité. Nous ne sommes pas un parti politique, puisque nous n’avons pas de doctrine du pouvoir. Nous sommes un mouvement idéaliste prêt à toutes les alliances circonstancielles avec n’importe quel parti, pourvu qu’il résiste à l’oppression et à l’antisémitisme.»

Quelques députés du “Droit de Vivre”