28 décembre 1953 : Aux côtés des Noirs américains

Joséphine Baker et Jean Pierre-Bloch, Président de la LICRA de 1968 à 1993

Joséphine Baker en campagne contre le racisme

La LICA a dès ses débuts pris part à la lutte universaliste contre le racisme, et notamment en défendant les droits des Noirs américains. En juillet 1938, le Congrès international de la Ligue invite « la noble et généreuse nation américaine à se souvenir de la tradition de Washington et de Lincoln en maintenant intangibles les notions d’égalité, de générosité, de tolérance envers les Noirs qui, au heures troubles comme aux heures heureuses, lui ont valu d’êtr considérée par les meilleurs esprits du Vieux Monde comme une puissance de régénération ».
Après la Seconde Guerre Mondiale, Bernard Lecache demande à Joséphine Baker de devenir « Ambassadrice internationale de la LICA » et de soutenir le combat antiraciste grâce à sa notoriété.

Née en 1906 à Saint-Louis dans le Missouri aux Etats-Unis, Freda Joséphine McDonald, qui deviendra Joséphine Baker, grandit dans une famille d’artistes noirs américains. Elle-même artiste de rue par nécessité, elle devient à l’âge de 16 ans danseuse à Broadway. Repérée pour son talent, elle débarque en France le 25 septembre 1925 pour monter « La Revue Nègre » au Théâtre des Champs Elysées.

Joséphine Baker

Artiste à succès, elle s’engage en 1939 dans le contre-espionnage et s’engage au sein de la Croix-Rouge. Dès novembre 1940, elle s’engage dans La France Libre et rejoint les unités combattantes établies au Maroc, en Egypte et en Syrie, ce qui lui vaudra de recevoir la Croix de guerre avec palme. Engagée en faveur des droits civiques des Noirs américains, elle rejoint en 1960 la Grande loge féminine de France au sein de la loge « La Nouvelle Jérusalem ». Mère adoptive de 12 enfants, elle meurt le 12 avril 1975 à Paris.

28 décembre 1953, 19h30, Palais de la Mutualité

Le 28 décembre 1953, à la Mutualité, elle fait salle comble. Des messages d’Albert Camus, de Gérard Philippe, du Grand Rabbin Kaplan précèdent son intervention : « Cette haine a été créée par ceux qui n’ont pas pris le temps de considérer leurs semblables à leur juste valeur. Je refuse de croire à la théorie d’infériorité entre les êtres humains. Je ne crois pas non plus à la supériorité de la race blanche, pas plus d’ailleurs que je crois à la supériorité de la race de couleur car, pour moi, il n’y a qu’une seule race : et c’est la race humaine.

Pour moi, un homme est un homme, voilà tout. (…) Je combats la discrimination raciale, religieuse et sociale n’importe où je la trouve, car je suis profondément contre et je ne puis rester insensible aux malheurs de celui qui ne peut pas se défendredans ce domaine, même si je la trouve en France. Je lutte de toutes mes forces pour faire abolir les lois existantes dans différents pays qui soutiennent la discrimination raciale et religieuse parce que ces lois font croire à ces citoyens qu’ils ont raison d’élever leurs enfants dans cet esprit. Quelle importance y a-t-il à ce que je sois noire, blanche, jaune ou rouge ? »

L’affaire Emmett Till

Emmett Louis Till

Dès 1955, lors de l’affaire Emmett Till, du nom de cet adolescent afro-américain qui fut brutalement lynché et assassiné dans la région du delta du Mississippi aux Etats-Unis, Joséphine Baker se mobilise aux côtés de la LICA. Son engagement redouble après le second acquittement de l’assassin de Till.
Elle dénonce un système qui a érigé en acte légal le lynchage des noirs américains. En mai 1957, Joséphine Baker devient la figure centrale de la 4ème tournée de la LICA dans toute la France. Le 2 avril à l’Opéra de Montpellier, accompagnée de Jo Bouillon, Georges Delbos et du commandant Jallois, Joséphine Baker réunit plus de 1000 personnes autour de la cause antiraciste. Durant toute l’année 1957, Joséphine Baker se mobilise ainsi à la faveur de plus de 60 réunions publiques en France, en Belgique, ainsi qu’au Danemark et au Luxembourg avant de rejoindre Dakar et Abidjan. Le Droit de Vivre stigmatise les « états-Désunis » et Bernard Lecache prévient : « Le martyre d’Emmett Till doit servir la cause sacrée de l’antiracisme. Ils ne l’emporteront pas au paradis ! ».

Martin Luther King à Lyon en 1966

Martin Luther King

À l’initiative d’un collectif de 27 associations et syndicats, le pasteur Martin Luther King était invité à s’exprimer à Lyon le 29 mars 1966, dans les murs bondés de la Bourse du Travail. La venue de Martin Luther King à Lyon intervint en ce mois de mars 1966 dans un contexte particulier : la «question noire» agite la société américaine, quasiment jour pour jour un an après la marche pour les droits civiques de Selma, du 21 au 25 mars 1965, à la faveur de laquelle le pasteur de Montgomery parvint à rassembler 35 000 personnes pour la défense des droits des afro-américains.

La LICA de l’époque, membre de ce collectif de 27 associations aux côtés du Cercle pour la Liberté de la Culture de Robert Vial, a pris une part active dans la venue de Martin Luther King à Lyon. Pierre Lévy, alors secrétaire général de la Fédération du Rhône de la LICA, Pierre Picard, son président et Henri Ravouna, son vice-président, ont été parmi les chevilles ouvrières de cette venue historique, aux côtés de militants infatigables comme le Docteur Marc Aron, René Nodot ou encore Jules Zederman.