3 septembre 1944 : Repartir à zéro

La LICA pendant la guerre

Panneau d’exposition « Le juif et la France » organisé par Vichy au Palais Berlitz en 1941, Bernard Lecache au centre

En 1940, la LICA a été dissoute. En tant qu’organisation, faisant valoir 50 000 adhérents avant la guerre, elle n’existe plus. Ses archives ont été conafisquées, ses biens ont été saisis et son président-fondateur est interné. Entre 1940 et 1944, le devenir des militants antiracistes se confond avec l’Histoire de France. Les Juifs, dont beaucoup avaient adhéré à la LICA, sont la cible des persécutions antisémites de Vichy et du IIIe Reich. La Ligue est désignée à la vindicte populaire et Bernard Lecache occupe une place de choix dans les panneaux de l’exposition antisémite « Le Juif et la France » organisée au palais Berlitz de septembre 1941 à janvier 1942. L’Occupation fait aussi office de test de « Résistance » de la solidité des convictions antiracistes de ceux qui, de près ou de loin, affirmé leur soutien aux idéaux de LICA avant-guerre.

“La rubrique des traîtres”

Dans les Cahiers Antiracistes, Bernard Lecache dénonce en revanche avec véhémence les anciens amis de la LICA passés à l’ennemi. Il tient même une chronique, « la rubrique des traîtres » où il dénonce les collaborationnistes qui, avant-guerre, « sollicitaient les voix antiracistes ». Fin 1944, Le Droit de Vivre reparaît à Toulouse et fait de même. La plupart de ceux cités comme tels avaient pris leurs distances avec la Ligue après Munich et, aveuglés par un pacifisme intégral, se sont convertis au pétainisme dès 1940. Pour certains d’entre-eux, le philosémitisme s’est brutalement transformé en antisémitisme après la défaite, l’opportunisme expliquant sans doute de tels revirements. Parmi les noms égrénés par Lecache, beaucoup étaient en réalité périphériques à l’action antiraciste, décoratifs ou avaient eu des relations épisodiques avec elle, à leur initiative. Le coeur battant de la LICA, autour de ses fondateurs, n’a pas failli.

Résister

Pour nombre de militants de la LICA, le combat se poursuit sur un autre terrain. Lecache, une fois libéré de son internement dans les camps algériens, fonde les Cahiers Antiracistes dans lesquels il poursuit son engagement antiraciste. Jean Pierre-Bloch s’engage dans la Résistance active, organisant le premier parachutage d’hommes et d’armes à la fin de 1941, s’évadant à plusieurs reprises et rejoignant de Gaulle en Algérie pour devenir commissaire à l’Intérieur. André Philip, qui refuse avec 79 de ses collègues parlementaires, de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, s’engage dans le mouvement Libération-Sud et rejoint Londres où il est nommé commissaire à l’Intérieur. Pierre Brossolette s’engage rapidement dans les services secrets de la France Libre et coordonne le renseignement avec les Britanniques : arrêté et torturé par la Gestapo, il se suicide le 22 mars 1944. Georges Zérapha, pilier de la LICA, recherché par les Nazis, rejoint la clandestinité et participe à la fondation du Mouvement Libération. Lazare Rachline, militant depuis les origines de la LICA, s’engage avec son ali Zérapha dans Libération Sud et met en place un réseau d’évacuation des aviateurs britanniques.

La LICA est de retour

Premier procès verbal du comité central de la LICA, le 3 septembre 1944

Le 3 septembre 1944, la LICA se réunit de nouveau à Paris, seulement quelques jours après la Libération de Paris. Bernard Lecache est toujours à Alger et un agent des services secrets américains donne de ses nouvelles au Comité central provisoire réuni pour l’occasion. Les débats portent rapidement sur les conséquences de l’Occupation parmi la communauté juive et la crainte, malgré la Libération, de la persistance de sentiments antisémites dans l’opinion. Après le retour de Bernard Lecache en métropole à la fin du mois de septembre 1944, une nouvelle question taraude rapidement le Comité central : la terrible actualité du combat contre le racisme et l’antisémitisme à mesure que le monde découvre les horreurs du nazisme. Le monde sait à présent jusqu’à quelles extrémités peuvent mener le racisme et l’antisémitisme. Dans la clandestinité, en 1942, les Francs-tireurs et partisans de la Main d’oeuvre immigrée ont fondé le Mouvement National contre le Racisme (MNCR). Après la guerre, une fusion au sein de “l’Alliance Antiraciste” est tentée avec la LICA mais échoue en 1949. Une scission au sein de cette alliance voit la création du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix (MRAP), proche du parti communiste.