Février 1932 : Naissance du Droit de Vivre, journal antiraciste

“Nous réclamons le droit de vivre”

Numéro 1 du Droit de Vivre – Février 1932

En 1932, la LICA se dote d’un organe officiel de « propagande », le Droit de Vivre dont on doit le titre à son premier rédacteur en chef, Charles-Auguste Bontemps. Le journal est publié d’abord à un rythme mensuel avant de passer à une diffusion hebdomadaire à compter de 1935, date à laquelle Bernard Lecache, Charles Auguste Bontemps, G.A. Tedesco, Georges Zerapha, Lazare Rachline, Henri Levin et S.E. Goldenberg créent la « Société d’Editions et publications du Droit de Vivre ». Très rapidement, le journal devient l’emblème de l’association et l’objectif de Bernard Lecache est bien de proposer un contre-discours à celui de l’Action française et de la presse d’extrême-droite. Les « vendeurs du Droit de Vivre » deviennent les cibles des attaques antisaémites et des ligues fascistes. Les échauffourées entre les Camelots du Roi et les militants de la LICA, sont monnaie courante : Ainsi, le 31 mars 1934, cinq vendeurs du Droit de Vivre déambulent sur les boulevards parisiens de la Madeleine et des Capucines quand une trentaine de militants d’Action Française, des Jeunesses patriotes, des Francistes et de la Solidarité Française s’abattent sur eux en hurlant « La France aux Français » et « À bas les Youpins » (1). Dès ses premiers numéros, le journal témoigne du large horizon antiraciste qui anime la LICA : dénonciation du sort réservé à « huits jeunes noirs de Scottsborough (Alambama), condamnés à mort de façon expéditive pour le viol de deux femmes blanches », vigilance vis-à-vis de la naissance de la « British Union of Fascists » d’Oswald Mosley (2). Journal combattant, le Droit de Vivre sert de support aux campagnes de communication de la Ligue. En 1933, alors que la LICA engage résolument une campagne antihitlérienne, le journal est le principal outil de la campagne de boycottage des produits allemands (Bayer, Persil, Faber, Pelican, Mercedes) ou encore celui des Jeux Olympiques de Berlin. Le journal propose aussi dès 1932 une rubrique consacrée à l’assistance juridique des réfugiés et aux solutions permettant à ces derniers de surmonter les difficultés administratives qu’ils rencontrent.

(1) Emmanuel Debono, La LICA (1927-1940), Aux origines de l’antiracisme, CNRS Editions, page 132.

(2) Idem, page 70.

Les plumes du Droit de Vivre

Les colonnes du Droit de Vivre accueillent, à partir des premiers numéros de 1932, des signatures remarquées et emblématiques qui feront aussi l’identité du journal, avant et après-guerre : Romain Rolland, Tristan Bernard, Lion Feuchtwanger, Pierre Brossolette, Pierre Dac, Maurice Viollette, Léo Lagrange, Serge Moati père, Pierre Cot, Victor Basch, Emile Kahn, Gaston Monnerville, Justin Godart, Jean Cassou, Maurice Schumann, Gaston Defferre, Edmond Michelet, Jules Romains, Simon Wiesenthal, Vladimir Jankélévitch, René Cassin, Serge Klarsfeld, etc.

Aparté : Le Droit de Vivre des classes laborieuses

Les amis de la LICA vendent le Droit de Vivre à Alger en 1936
En juin 1939, Bernard Lecache intensifie, en la ciblant, la propagande de la Ligue en publiant un numéro spécial dédié aux ouvriers dans lequel Charles Lévine, membre du comité central , a recueilli les témoignages des trente principales organisations syndicales. « Sous la forme d’une lettre ouverte [Intitulée « Prolétaire, veux-tu des chaînes ? »] aux ouvriers de France, Bernard Lecache procède à une identification complète de la cause des exploités (les travailleurs) à celles des opprimés (les Juifs) » pour mieux combattre les stéréotypes antisémites qui circulent dans les usines (3). Cette entreprise éditoriale est un succès, la police estimant que le tirage de ce numéro a atteint le million d’exemplaires.

 

(3) Idem, page 349.