Mars 2017 : Votons antiraciste !

Novembre 2016 : l’Appel pour la République et pour la France

À l’approche des élections présidentielles et législatives de 2017, alors que le Front National menace de faire un score inédit et que les extrémismes de tous poils progressent, la LICRA décide d’appeler à la mobilisation de la majorité silencieuse :

« Au printemps prochain, la France a rendez-vous avec l’Histoire : jamais sans doute, depuis le début de la Ve République, l’issue d’un scrutin n’aura été aussi lourde de conséquences, ni les valeurs démocratiques autant menacées par la convergence de trois extrémismes identitaires, qui se nourrissent mutuellement et renforcent le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, dont on connaît la puissance historiquement explosive et contagieuse.

D’abord l’extrême-droite. Jamais, depuis 1940, elle n’a été aussi proche de conquérir le pouvoir. (…) Ensuite, l’islam politique. Les attentats terroristes qui ont ensanglanté notre pays n’en sont que la manifestation la plus visible. Il s’emploie à attiser la haine et encourage le repli communautariste.(…) Enfin, une certaine extrême-gauche raciste et antisémite, adepte des théories du complot, complaisante avec l’islamisme. Elle est obsédée par un prétendu “racisme d’État” et divise la société en groupes ethniques. (…) La paix civile est menacée. Se taire, c’est être complice.

C’est pourquoi, parce que nous refusons la honte de les voir triompher sans avoir même combattu, nous, signataires de cet appel, nous engageons à la mobilisation générale contre les extrémismes, pour la République, pour la France. »

Mars 2017 : La Charte Antiraciste, “La meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage”

La Charte Antiraciste signée par le candidat Emmanuel Macron

La LICRA a soumis aux candidats à la Présidence de la République une Charte Antiraciste reposant sur deux engagements solennels.

Article 1. Au cours de la campagne électorale, dans le cadre d’un débat public libre et démocratique, je veillerai à m’exprimer avec le souci permanent de l’éthique républicaine, de la cohésion nationale et de la paix civile, en rejetant toute forme de racisme, d’antisémitisme, de xénophobie et d’homophobie.

Article 2. Je m’engage à combattre et à faire battre, dans les urnes, tous ceux qui auront eu une expression publique marquée par le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie ou l’homophobie.
À une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, elle a rendu publiques les réponses qu’elle a reçues. Emmanuel Macron l’a signée. Il fut le premier à le faire. Benoît Hamon l’a signée. Jean-Luc Mélenchon, par l’intermédiaire de son équipe, a fait savoir qu’il l’avait l’intention de la signer mais n’a pas tenu parole. François Fillon a indiqué par courrier « adhérer aux principes » défendus par la LICRA, mais n’a toutefois pas souhaité signer les engagements solennels portés par ce texte.

Signataires de la Charte Antiraciste (législatives 2017)

Septembre 2017 : L’intergroupe parlementaire “Jean Pierre-Bloch”

Le Droit de Vivre, Mai – Juin 1967 – Numéro 336

Lors de la campagne des élections législatives, la LICRA avait également soumis sa Charte aux candidats aux élections législatives. À l’issue du second tour du 18 juin, parmi les 577 signataires, 120 ont été élus à l’Assemblée Nationale.

La LICRA a souhaité poursuivre cette dynamique avec ces parlementaires qui ont assumé, devant leurs électeurs, d’être des « antiracistes déclarés ». Pour y parvenir, Alain Jakubowicz a proposé de renouer avec une tradition ancienne de notre association consistant à former, au Palais-Bourbon, un intergroupe de la LICRA et portant le nom de Jean Pierre-Bloch, ancien parlementaire et président de la LICRA de 1968 à 1992.

La première réunion de travail de ce groupe s’est tenue mardi 26 septembre à l’Assemblée Nationale, en présence d’un premier cercle de députés, notamment (liste non exhaustive) de Pierre-Yves Bournazel, député de Paris, Jean-Michel Mis, député de la Loire, Denis Masséglia, député de Maine-et-Loire, Brigitte Liso, députée du Nord, Naïma Moutchou, députée du Val-d’Oise, Jean-Luc Lagleize, député de Haute-Garonne. La LICRA était représentée par Alain Jakubowicz et Mario Stasi.

Mardi 26 septembre 2017 à l’Assemblée Nationale

L’objectif de ce groupe de parlementaires est simple : constituer, au delà des appartenances partisanes, un cadre d’échange, de travail et de réflexion avec les parlementaires pour faire avancer le combat antiraciste. Il aura vocation à travailler sur des sujets concrets et nécessitant un aboutissement législatif : la sortie des délits liés au racisme et à l’antisémitisme de la loi sur la presse d’une part ; la lutte contre la haine sur internet d’autre part.

L’inéligibilité des racistes et des antisémites censurée par le Conseil Constitutionnel

Lors de l’examen de la loi « Pour la confiance dans la vie publique », la LICRA a proposé à plusieurs parlementaires de défendre un amendement visant à rendre inéligibles les personnes condamnées pour des faits liés au racisme, à l’antisémitisme, au négationnisme, ou encore à l’homophobie. Le 9 août, le Parlement adoptait définitivement ces dispositions sans précédent depuis la loi Pléven de 1972.

Le Conseil Constitutionnel, saisi spécifiquement sur cet amendement par une partie du groupe « Les Républicains » a rendu le 8 septembre 2017 sa décision et a jugé que ces dispositions étaient contraires à la Constitution en raison du fait qu’elles porteraient une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression.

La décision rendue par les Sages est un recul inédit et incompréhensible de notre droit en matière de lutte contre la prolifération de la haine raciale et un cadeau aux extrémistes de tous poils. En effet cette décision revient à dire ni plus ni moins que le racisme et l’antisémitisme ressortent de la liberté d’expression et ne sont donc pas des délits. Autant abroger les lois Pléven et Gayssot. Un nouveau combat anime désormais la LICRA : en finir avec l’idée que l’expression du racisme et de l’antisémitisme relèveraient d’une opinion mais d’un délit à part entière qui doit figurer dans le code pénal et non, comme c’est le cas depuis 1972, dans la loi de 1881 sur la presse.

Alain Jakubowicz, président de la LICRA (2010-2017)

Alain Jakubowicz, président de la LICRA (2010-2017)

Les parents de l’avocat Alain Jakubowicz, né en 1953, ont fui la Pologne et l’Autriche en 1933. Après sa prestation de serment en 1976, il est associé fondateur dans un cabinet lyonnais. Ses spécialités sont le droit commercial, le droit pénal des affaires, le droit de la presse, mais aussi la défense des victimes des crimes contre l’Humanité. Tout au début de sa carrière, en 1987, Alain Jakubowicz s’engage dans les procès Barbie, Touvier et Papon, au côté du Consistoire israélite de France. Outre ses activités d’avocat, Alain Jakubowicz débute une carrière politique à Lyon, auprès de Michel Noir, en tant qu’adjoint au maire en charge des droits de l’homme entre 1989 et 1995. On lui doit la création du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation. Président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Rhône-Alpes de 1995 à 2004, président délégué du Conseil lyonnais pour le respect des droits (CLRD) de 2001 à 2009, administrateur du Mémorial des enfants d’Izieu depuis 1998, membre du bureau exécutif de la Ligue dès 1986, il est élu Président de la LICRA le 31 janvier 2010.